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Publié par alain l.

« Nous avons assisté à une de ces criées de chair humaine. Quel spectacle !
C’était en 1841, à la Martinique, dans une grande salle remplie de meubles et d’objets de toute espèce. Au milieu de ce fouillis, assise dans un coin, sur des caisses de vin, était une fille de dix-sept ou dix-huit ans, la tête appuyée sur la main et le regard fixe. Elle ne paraissait pas précisément humiliée ni désespérée, mais mécontente et sombre. Un agent de police, placé à côté d’elle, la surveillait. Il y avait d’ailleurs beaucoup de monde et beaucoup de bruit. Les acheteurs qui l’apercevaient venaient l’interroger. ‘Etes-vous bonne fille ? Savez-vous blanchir ? Travaillez-vous au jardin (le travail des champs) ? Avez-vous eu des enfants ? Pourquoi vous vend-on ? N’êtes-vous pas marronneuse (disposée à aller en marronnage) ? etc., etc.’. Mille questions de mille personnes diverses. Quelques-uns, je me rappelle, prirent ses joues pour voir si elle avait la chair ferme. Elle, froide, impassible, répondait mal, de mauvaise volonté, et on lui disait alors : «’Ouvre donc la bouche qu’on t’entende, imbécile’. Et elle répliquait à peine quelques mots. Je suis persuadé, moi, qu’elle comprenait sa position, quoique née dans la servitude.
Après avoir vendu une baignoire, un lit, un canapé et une lampe, le commissaire-priseur dit : ‘A la négresse’. On s’approcha d’elle. Il la fit tenir debout, et la mit à prix : - 100 francs la négresse une telle, âgée de seize ans ! Elle travaille au jardin. 100 francs, 100 francs ! – Le visage toujours froid, l’air impassible, elle restait appuyée contre un meuble. – 120, 150, 155 ! Enfin elle fut adjugée à 405 francs ; et le commissaire-priseur lui dit, montrant le dernier surenchérisseur : ‘Allez, voici maintenant votre maître’. C’était un mulâtre. Elle leva les yeux, le regarda, s’approcha de lui, toujours du même air ; il lui adressa quelques paroles, et je les vis disparaître ensemble. Je les vois encore : c’est horrible ».
Victor Schoelcher, « Scènes des colonies. Ventes publiques d’hommes et de femmes », in Revue indépendante, 25 mars 1847.
http://www.senat.fr/evenement/victor_schoelcher/abolitions.html
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