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Publié par Classes de l'I.M.E l'Eveil

Nous avons lu aujourd'hui le chapitre 2 de "ça n'arrive pas qu'aux autres . En voici un extrait:

Dimanche 20 janvier.

Maintenant, je sais pourquoi tu ne voulais pas avaler les aliments à la cuillère. C'étaient des yaourts et puisque tu n'aimes aucun laitage, tu t'obstinais bouche fermée. J'ai eu l'accord de l'infirmière pour t'apporter des mousses au chocolat et des petits pots de bébé. Je suis toujours à l'écoute de ta voix éteinte, que c'est long…


Lundi 21 janvier.

Comme convenu, la mousse au chocolat est là. Et bien sûr, tu la dévores. Si tu pouvais communiquer, ce serait si simple ! A chaque visite, je te demande de dire "oui". Mais tu hoches la tête.

- Non, pas avec la tête, mais avec les lèvres.

Je me précipite à ta bouche pour entendre un son insignifiant qui ressemble à un "oui".



Mardi 22 janvier.

Ta trachéotomie est enlevée. Vu le peu de renseignements que je peux soutirer du chef de service, je téléphone à notre médecin de famille pour savoir si l'on peut parler encore de coma.

- Pour ma part, un malade qui mange n'est plus dans le coma. Demain, j'irai voir votre mari et je vous donnerai mon avis.


Jeudi 24 janvier.

Penché dans mon fauteuil, je vois arriver Isabelle. Elle m'embrasse.

- Alors, la forme aujourd'hui ?

- Oui.

- Mais tu as dit oui ! Je l'ai entendu, c'est formidable !

Alors là, c'est grave. Ma femme disjoncte, pour moi, dire "oui", ce n'est pas un événement, c'est anodin.

- Redis-le pour voir !

Elle colle son oreille à ma bouche et je souffle d'une voix imperceptible :

- Oui !

- Super, bien sûr, il faut que je me penche pour entendre, mais c'est fantastique !

Tout ce bonheur pour un "oui", il aurait été plus simple de me le demander plus tôt. Je ne sais pas pourquoi, mais vers dix-huit heures, j'ai mal à la tête. Je ne comprends pas pourquoi je suis si faible. Cette rencontre m'a épuisé. Par contre, Isabelle me quitte, heureuse.


Vendredi 25 janvier.

J'en ai marre de répéter des oui, alors je lui parle vraiment. Isabelle a dû devenir sourde, car elle approche son oreille de ma bouche… Souvent elle me demande de répéter.

- Domi, je suis accompagnée de ta mère, je lui ai demandé d'attendre pour une surprise, je vais la chercher, quand elle arrivera tu lui diras : "Bonjour maman !".

- Oui. Ah là ! Zut, ça recommence !

Ma mère entre. Moi bien obéissant, j'annonce :

- Bon anniversaire !

Isabelle, me questionne sur un accident dont j'aurais été victime. J'en garde aucun souvenir. Elle me parle également d'un stage que j'ai dû effectuer mais dont je ne porte pas trace dans ma mémoire. Alors je demande pourquoi toutes ces interrogations. Elle m'explique qu'il y a eu cet accident et c'est la cause de mon hospitalisation.

[...]


Mardi 5 février.

Journée de déprime. Je pense à ce que je suis devenu et je ne peux m'empêcher de pleurer à chaudes larmes, je sanglote. Même la venue de ma femme et ses gestes et ses paroles réconfortantes n'y peuvent rien. Je suis sourd à toutes ses suppliques. Une grande tristesse lancinante s'installe en moi et tous les sourires bienveillants ne peuvent détruire cet abattement.


Une idée a traversé mes pensées et je l'ai immédiatement chassée. Elle est revenue. Une question, une seule question : Est-ce que je peux accepter de vivre bloqué sur un lit, incapable de faire le moindre mouvement ? La réponse m'apparaît nette : non ! Je ne trouve qu'une solution à ce problème : se détruire. Puisque je ne peux pas bouger, il me faut l'aide d'un ami : Jean-Marc ? Il n'acceptera certainement pas cette besogne ! Un membre de ma famille ? C'est impensable. La déception m'envahit de savoir ce projet irréalisable.

 

ça n'arrive pas qu'aux autres 18 €uros

Autobiographie de Dominique Mausservey
Editions du Sékoya
24 rue Isenbart
25000 Besançon
Tél: 03.81.47.12.78



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